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L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES
La vitamine D n'est pas une vitamine, c'est une hormone stéroïdienne qui pilote plus de mille gènes. Votre prise de sang 25(OH)D ne raconte qu'une partie de l'histoire : elle ignore les photoproduits que la peau fabrique au soleil, le magnésium qui active la molécule, et la K2 qui empêche le calcium mobilisé de se déposer dans vos artères. On avale donc des mégadoses qui corrigent rarement le problème de fond, parfois au prix d'une calcification silencieuse. Ce qui suit remet de l'ordre : ce que vous testez, ce que vous prenez, et pourquoi le soleil reste irremplaçable.

Il y a un problème avec la vitamine D et ce n’est pas avec la molécule, mais c’est avec la façon dont on en parle.

Cette newsletter n'est pas un manifeste anti-supplément. C'est une remise en ordre. Parce que dans la dernière décennie, la science fondamentale a dévoilé une biologie de la vitamine D infiniment plus riche que celle qu'on enseigne en faculté.

Ce n'est pas une vitamine, c'est une hormone stéroïdienne

Rappel de définition. Une vitamine est un composé essentiel que le corps ne peut pas synthétiser. La "vitamine D" est fabriquée dans la peau à partir du 7-déhydrocholestérol sous l'action des UVB. Elle ne remplit donc aucun des critères. C'est une sécostéroïde, structurellement proche du cortisol et des stéroïdes sexuels. Une fois activée en 1,25-dihydroxyvitamine D (calcitriol), elle se lie au récepteur VDR présent dans presque chaque type cellulaire et module l'expression de plus de mille gènes.

Plus de 1 000 gènes. C'est ce que module le calcitriol une fois fixé sur le récepteur VDR, présent dans presque toutes vos cellules. Aucune vitamine ne fait ça. Une hormone, oui.

La peau ne fabrique pas que de la vitamine D

Voici ce qu'on ne vous dit jamais en consultation. Quand les UVB frappent votre peau, le 7-déhydrocholestérol se convertit en prévitamine D3. Cette prévitamine est instable et peut suivre trois chemins. Le premier conduit à la vitamine D3 que vous connaissez. Les deux autres produisent le lumistérol3 (L3) et le tachystérol3 (T3), longtemps considérés comme des sous-produits inertes.

Ce n'est plus le cas. Les travaux d'Andrzej Slominski et de son équipe ont démontré que L3 et T3 sont métabolisés dérivés biologiquement actifs qui présentent des effets anti-inflammatoires, anti-prolifératifs, photoprotecteurs, et participent à la réparation de l'ADN cutané.

Ces photoproduits jouent vraisemblablement le rôle d'un réservoir cutané saisonnier. Une exposition d'été à un soleil franc enrichit la peau en composés bio-actifs qui ne se dosent pas dans une prise de sang 25(OH)D classique, mais qui contribuent à une signature biologique anti-âge prolongée jusque dans l'hiver. Aucune gélule de cholécalciférol synthétique ne reproduit cette pharmacie cutanée.

Autre détail crucial. La vitamine D produite par voie cutanée subit une sulfatation partielle qui la rend en partie hydrosoluble. La forme orale, elle, reste exclusivement liposoluble et dépend de la protéine de liaison VDBP pour son transport. Deux molécules, deux cinétiques, deux profils tissulaires. Comparer un bain de soleil et une capsule de D3 c'est comparer deux médicaments en regardant uniquement leur emballage.

Soleil contre gélule : ce que le 25(OH)D ne voit pas

Critère

Soleil (voie cutanée)

Gélule (voie orale)

Molécules produites

D3 + lumistérol3 + tachystérol3 et leurs métabolites actifs

D3 seule

Solubilité

En partie hydrosoluble (sulfatation)

Exclusivement liposoluble

Transport

Multiple

Dépendant de la VDBP

Réservoir saisonnier

Oui, photoproduits stockés dans la peau

Non

Visible sur un dosage 25(OH)D

Partiellement

Oui

Le paradoxe de l'obésité

Le classique en consultation : un patient à l'IMC de 34 prend 4000 UI par jour, son taux ne bouge pas.

L'étude pivot de Wortsman et collègues a montré qu'à exposition UVB équivalente, les personnes obèses produisent 57 % moins de cholécalciférol circulant que les sujets minces. Le tissu adipeux capte la vitamine D circulante et la stocke. Chez un sujet sédentaire au métabolisme inflammatoire, ce stockage se transforme en piège fonctionnel : la D rentre, elle ne ressort plus.

Chez un sujet métaboliquement sain, le même tissu adipeux devient un atout. Il relargue la vitamine D durant l'hiver, à condition d'être sollicité par l'exercice. L'essai randomisé VitaDEx a montré que l'activité physique régulière préserve les niveaux sériques de 1,25(OH)2D3 actif pendant l'hiver, sans perte de poids associée. La graisse de l'individu actif fonctionne comme un réservoir saisonnier.

LE CONTRASTE
Même tissu adipeux, deux destins opposés. Chez le sédentaire, la graisse est une éponge : elle absorbe la vitamine D et ne la rend jamais. Chez l'actif, c'est un réservoir qui relargue ses réserves d'été tout l'hiver. La différence ne tient pas à la dose avalée, elle tient au mouvement.

Conséquence pratique : la supplémentation orale en l'absence d'activité physique reste un patch métabolique, pas une solution biologique.

Reste une croyance tenace, répétée partout : un taux bas rend malade. Et si la flèche causale pointait dans l'autre sens ?

La causalité inverse, le grand impensé de la littérature

Vous avez sûrement lu cette phrase mille fois : "les patients hospitalisés ont des taux de vitamine D bas, donc supplémenter prévient les hospitalisations." C'est une inversion logique grossière.

L'inflammation systémique fait baisser le 25(OH)D circulant. Autrement dit, l'inflammation aiguë ou chronique du syndrome métabolique consomme et abaisse les marqueurs de vitamine D. Le taux bas n'est pas la cause de la maladie, il en est un effet biochimique.

Cela ne signifie pas qu'il faut ignorer une carence. Cela signifie qu'augmenter artificiellement le taux sanguin avec 50 000 UI par semaine chez un patient diabétique sédentaire ne règle pas l'inflammation sous-jacente. Les grandes méta-analyses de supplémentation à hautes doses (VITAL, D2d, FIND) ont d'ailleurs déçu sur les critères cardiovasculaires et oncologiques durs (Manson et al., New England Journal of Medicine, 2019). Pourquoi ? Parce qu'on traite le marqueur, pas le terrain.

LA BONNE NOUVELLE
Si le levier n'est pas la gélule mais le terrain, alors il est largement gratuit. Soleil, mouvement, sommeil, alimentation. Les effets pléiotropiques de la lumière solaire (modulation de la mélatonine, vasodilatation par photolyse cutanée des nitrites en monoxyde d'azote, activation de la voie POMC et des bêta-endorphines, synchronisation circadienne) n'ont aucun équivalent en gélule (Liu et al., Journal of Investigative Dermatology, 2014).

Avant de parler doses, parlons mesure. Parce qu'un seul chiffre sur votre bilan ne suffit pas à décider quoi que ce soit.

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Le panel sanguin vitamine D à demander à votre médecin

Si vous voulez une lecture biologique sérieuse, demandez le panel suivant lors de votre prochain bilan.

Marqueur

Ce qu'il révèle

25(OH)D sérique

Forme de stockage. Donnée standard, utile mais incomplète

1,25(OH)2D sérique (forme active)

Un 25(OH)D normal avec un 1,25(OH)2D bas signale un blocage d'activation, souvent rénal ou par déficit en magnésium

Magnésium érythrocytaire

Cofacteur obligatoire des hydroxylases CYP27B1 et CYP24A1 qui activent et dégradent la vitamine D (Uwitonze & Razzaque, 2018)

Calcium ionisé + PTH

Évaluation de l'axe parathyroïdien

Rétinol sérique (vitamine A)

Son ratio avec la vitamine D module la signalisation RXR-VDR

Phosphore + fonction rénale (créatinine, cystatine C)

Conditionnent l'activation de la molécule

LE RÉFLEXE
Demandez le magnésium érythrocytaire, pas le magnésium sérique. Le sérique est un mauvais marqueur : il reste longtemps normal alors que les réserves cellulaires sont déjà vides. Sans magnésium, vos enzymes n'activent pas la vitamine D, quelle que soit la dose avalée.

Magnésium, vitamine A, et le piège de la mégadose

La conversion de la vitamine D inactive vers ses formes hydroxylées dépend du magnésium. Un patient en hypomagnésémie chronique (et en Suisse, c'est un adulte sur deux selon les enquêtes sur les sols agricoles appauvris) ne convertira pas correctement, peu importe la dose orale ingérée. Pire, une supplémentation agressive en D épuise les réserves disponibles de magnésium et de potassium, et peut précipiter des troubles du rythme chez les sujets fragiles (Reddy & Edwards, American Journal of Therapeutics, 2019).

La vitamine A joue un rôle symétrique. Le récepteur de la vitamine D forme un hétérodimère avec le RXR, lui-même activé par l'acide rétinoïque.

Reste le cofacteur le plus mal compris de tous, celui qui décide si le calcium ira dans votre os ou dans votre aorte.

La K2 MK7, et pourquoi il ne faut surtout pas la prendre dans la même gélule

La vitamine K2 ménaquinone-7 (MK-7) active deux protéines clés. L'ostéocalcine, qui fixe le calcium dans la matrice osseuse. Et la matrix Gla protein (MGP), qui empêche le dépôt de calcium dans les artères. Sans K2 fonctionnelle, le calcium mobilisé par la vitamine D peut finir dans la paroi aortique au lieu du fémur (Theuwissen et al., Advances in Nutrition, 2012).

Les "D3 + K2" combinés du commerce contiennent typiquement 75 à 100 µg de K2 MK7 pour 2000 à 5000 UI de D3. Or l'activation complète de la MGP demande, selon les travaux de Rotterdam et de Maastricht, autour de 180 µg de MK7 par jour. Les ratios commerciaux placent donc la K2 systématiquement sous-dosée par rapport à la quantité de calcium qu'elle est censée orienter.

La règle pratique : séparez. Vitamine D à dose modérée le matin avec un repas gras (ajustée aux résultats sanguins si nécessaire). K2 MK7 à 180 à 200 µg dans un complément dédié, idéalement au repas du soir pour exploiter la cinétique longue de la MK7 (demi-vie 72 heures, contre quelques heures pour la MK4).

Assez de théorie. Voici comment je traduis tout ça en gestes quotidiens, sans transformer le soleil en religion.

Protocole vitamine D pratique, sans intégrisme solaire

L'objectif n'est pas de griller votre peau à midi en juillet. L'objectif est de réintroduire le soleil comme thérapeutique quotidienne, dosée, intelligente.

▸ VOTRE PROTOCOLE VITAMINE D EN 5 POINTS

  1. Lumière du matin : 10 à 20 min dehors, sans vitre ni lunettes, dans l'heure après le réveil. Pourquoi : cale le cortisol et la mélatonine, prépare la peau.

  2. Soleil d'été dosé : 15 à 30 min torse/jambes entre 11h et 14h de fin mars à fin septembre, jamais jusqu'au coup de soleil. Pourquoi : recharge le réservoir cutané de photoproduits.

  3. Supplément d'hiver : 2000 à 4000 UI/j le matin avec 15 g de lipides, cible 40-60 ng/mL. Pourquoi : la synthèse cutanée tombe à zéro d'octobre à mars.

  4. Les cofacteurs, séparés : magnésium 300-400 mg (bisglycinate/malate), K2 MK7 180-200 µg le soir dans un complément dédié, vitamine A préformée. Pourquoi : sans eux, la D ne s'active pas ou calcifie les artères.

  5. Le mouvement : 3 à 5 séances/semaine force + endurance. Pourquoi : c'est ce qui libère vos réserves adipeuses de D en hiver.

Les cofacteurs en un coup d'œil

Cofacteur

Dose

Forme

Moment

Vitamine D3

2000-4000 UI/j (hiver)

Cholécalciférol

Matin, repas gras (15 g lipides)

Magnésium

300-400 mg élémentaire

Bisglycinate ou malate (pas d'oxyde)

Indifférent

K2 MK7

180-200 µg

Complément séparé

Soir, repas

Vitamine A

Apport alimentaire régulier

Préformée (jaune d'œuf, foie de morue)

Indifférent

La vraie question à poser au patient

À mes patients qui arrivent avec un 25(OH)D bas, je ne demande plus en premier "à quel dosage êtes-vous supplémenté". Je demande "quand avez-vous vu pour la dernière fois le lever du soleil sans vitre entre vous et lui".

La réponse en dit plus long sur leur santé que n'importe quel bilan biologique.

Le soleil est un médicament. Il faut le doser, comme tout médicament. Il faut le respecter, comme toute hormone. Et il faut arrêter de le remplacer par un comprimé en feignant que c'est équivalent.

Prenez soin de vous.

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Disclaimer
Je ne suis pas votre médecin. Ces contenus sont éducatifs, ce ne sont pas des consultations personnelles. Demandez conseil à votre praticien avant tout changement, conformément au droit en vigueur en Suisse.

Sources

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